Le 10 janvier 1946, il y a exactement 80 ans, des scientifiques ont écrit une page de l'histoire de la radio. À Camp Evans, aux États-Unis, après des mois de préparation, un petit groupe de chercheurs a orienté une antenne radar SCR-271 modifiée dans une direction très inhabituelle : vers la Lune. Ils ont ensuite émis une série de courtes impulsions radio, dans l'espoir de réaliser ce qui n'était jusqu'alors qu'une théorie, à savoir une toute nouvelle discipline dans le domaine de la radio amateur : l'EME (Earth-Moon-Earth).
C'est le 10 janvier 1946 que le moonbouncing a commencé, c'est-à-dire l'envoi de signaux radio vers la lune et la réception des signaux réfléchis. C'est la marine américaine qui a réalisé ce moonbouncing dans le cadre du projet Diana.

Depuis un laboratoire situé au camp militaire Evans à Wall Township, dans le New Jersey (États-Unis), John H. DeWitt et E. King Stodola ont envoyé ce jour-là un signal de 3 kilowatts à une fréquence de 111,5 MHz en impulsions d'un quart de seconde vers la Lune à l'aide d'un radar SCR-271 modifié datant de la Seconde Guerre mondiale.
Exactement 2,6 secondes plus tard, un signal faible et instable est apparu sur un récepteur spécialement conçu à cet effet : un écho, réfléchi par la surface lunaire. C'était le temps nécessaire au signal pour parcourir les 768 000 km (aller-retour vers la Lune). Cette expérience a également jeté les bases de l'astronomie radar, qui consiste à envoyer des signaux radio vers un corps céleste afin de les recevoir après leur réflexion. Cette technique est encore utilisée aujourd'hui, par exemple pour les astéroïdes qui s'approchent de la Terre, afin d'en savoir plus sur leur taille et leur forme.
Le projet Diana a prouvé que les ondes radio peuvent traverser l'ionosphère terrestre dans les deux sens. Cela a non seulement jeté les bases de l'astronomie radar et de la radioastronomie, mais aussi d'une toute nouvelle discipline dans le domaine de la radio amateur : l'EME (Earth-Moon-Earth).

Recherche parallèle en Europe.
Un aspect peu connu mais remarquable de cette histoire est que moins d'un mois plus tard, le 6 février 1946, une équipe de recherche hongroise, dirigée par Zoltán Bay, réussit également à réfléchir des signaux radio via la Lune. Leurs expériences étaient totalement indépendantes du projet américain Diana et faisaient partie d'un programme de développement de radars lancé dès 1944.
Cependant, les scientifiques hongrois ont été fortement perturbés par les événements de la Seconde Guerre mondiale. En 1945, l'armée soviétique a non seulement « libéré » le pays, mais aussi — involontairement — les chercheurs de leur antenne parabolique de 3 mètres et de leur équipement technique. Tout l'équipement a dû être repensé et reconstruit après la guerre, ce qui a probablement retardé leur percée d'un an.
Encore plus tôt ? Une expérience allemande oubliée.
Le débat sur qui a réellement été le premier à utiliser l'EME prend une dimension supplémentaire en raison d'un événement allemand remarquable. À l'automne 1943, Telefunken a construit sur l'île de Rügen un gigantesque radar « Würzmann » de 120 kW avec une surface d'antenne de pas moins de 45 m².
Au cours de mesures effectuées en janvier 1944, l'opérateur radar Willi Thiel remarqua d'étranges impulsions secondaires, à intervalles réguliers d'environ 2,6 secondes. Le phénomène se répéta jusqu'à ce que la lune montante disparaisse du faisceau de l'antenne. L'ingénieur de Telefunken Wilhelm Stepp répéta délibérément l'expérience les jours suivants et confirma que les impulsions provenaient d'une cible extrêmement éloignée.
Le radar ayant un usage strictement militaire, il n'y avait pas de place pour la recherche scientifique. Le système a été immédiatement mis en service avant la guerre, mais il a été détruit par l'armée soviétique le 21 mars 1946. Le mystère des réflexions lunaires indésirables tomba dans l'oubli, jusqu'à ce que Wilhelm Stepp en reparle en 1974 dans le magazine Der Seewart.
Du radar militaire à la radio amateur.
Ce qui a commencé comme une recherche militaire s'est transformé en une percée scientifique, puis finalement en l'une des branches les plus stimulantes de notre hobby radio. Pour les radioamateurs du monde entier, l'EME reste aujourd'hui encore le summum de la compétence technique, de la précision et de la persévérance.
Quatre-vingts ans après ce premier écho lunaire, il reste fascinant de réaliser qu'un signal faible et instable a ouvert la voie à une toute nouvelle ère de la radio. Aujourd'hui, le moonbouncing est pratiqué avec enthousiasme par de nombreux radioamateurs à travers le monde.
Merci à ON6CQ pour cet article.